La montée de lait – La majorité des cons.
Posted by LKB on 15.12.10
C’est sur fond de loi C-32 et avec en tête un texte de Steve Proulx dans le Voir que je me faisais bringueballer dans le métro vers le cinéma. Aux oreilles, le nouveau T.I., télécharger illégalement de chez moi, une semaine avant qu’il ne sorte en magasin.
Le rendez-vous avec Séb et Josiane est devant le Cinéma Banque Scotia, pour la sortie de Black Swan. Ce n’était pas mon premier choix, mais c’est le seul endroit où le film est présenté. La première chose que les banquiers écossais ont fait en rachetant la bâtisse, c’est de trouver un stratagème pour empêcher à quiconque à Montréal de sortir les films en version originale en même temps qu’eux.
D’un point de vue comptable, c’est sûrement sensé, d’un point de vue client, c’est ordinaire. Ça congestionne, et évidemment le film de 21h35 était plein, on compromise pour la représentation de 10h15. Remarque, on aurait pu acheter nos billets d’avance sur Cineplex.com, moyennant qu’on s’enregistre avec code postal, email et carte de crédit. Sans être paranoïaque ni un génie du marketing, je suis comme un peu au courant des choses que tu peux faire avec ces informations là. Air Miles, Scene, Optimum, beaux pièges à con fait par des gens qui ont la même conception de la fidélité que Tiger Woods.
À 10h17, les lumières se tamisent et on enchaînent avec 15 minutes de pub, en crescendo d’impertinence. Ça commence avec un argumentaire vantant les mérites du piège à con de vente en ligne de billets des Écossais. Puis, la place incontournable de Coke dans les célébrations de Noël des ours polaires. Puis, que le pétrole c’est merveilleux parce que ça va nous permettre de faire de course de char sur la lune avant longtemps.
La pertinence des bandes-annonce au cinéma, c’est débattable. Je fais partie de ceux qui pense que si, en 2010, je voulais être au courant des films qui sortent, je m’abonnerais au fil RSS d’un des 4679 sites spécialisés. Et je CHOISIRAIS les bandes-annonces que je veux voir. Traite-moi de snob borné si tu veux.
Il n’en demeure pas moins que c’est à 10h47 que le film a commencé. Trente minutes de publicité, gavées à des clients qui ont déjà payé pour un produit (un film). À titre indicatif, ça pète la réglementation de la publicité diffusée à la télé, qui est de 12 minutes par heure (le film d’Aronofsky fait 108 minutes).
Tout ceci est un (trop) long préambule pour parler du piratage. Proulx qualifie les «pirates» d’une «minorité de cons». Pendant la longue demi-heure de crap qu’on bourrait à une salle pleine d’honnêtes consommateurs, j’avais l’impression que les cons n’étaient pas exactement là où Proulx les imagine.
Pirater les disques ou les films, ça ne fait pas mal aux artistes. En tous cas, pas à ceux qui ont su être créatifs (c’est supposé être là-dedans que t’es bon si t’es un «artiste»). En 2010, tu vends pas juste de la musique, tu vends un produit, TOI. Personne faisait d’argent avec les CD, même quand il coûtait 23$ plus taxes. L’argent est dans les spectacles, les produits dérivés, les apparitions à la télé, les shows corpo, la vente de musique pour la télé, le cinéma, les pubs, les droits de diffusion à la radio et à la télé . Tous des éléments que n’affecte en rien le téléchargement illégal.
Nous sommes dans une économie de marché, basée sur la libre-entreprise. Dans ce système, c’est la loi du plus utile qui prime. Si ton produit sert à rien, ou qu’il est moins bon que celui d’un autre, tu vas te faire tasser assez vite. C’est la loi intraitable sur laquelle les industries du disque et du cinéma ont dressé leur cartel. C’est un peu cheap de changer les règles juste quand ça fait plus leur affaire.












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