Posted by LKB on 07.05.10

Dans le cadre d’un projet dont j’espère pouvoir vous parler plus abondamment dans les prochaines semaines, nous évoquions des noms d’acteurs pour jouer un personnage noir, mi-vingtaine/trentaine, Québécois, sans accent créole ou africain clichés. Bref, un gars comme on en croise dans la vraie vie, et jamais à la télé. On a cherché, pi y’en a pas des tonnes.
Quand quelqu’un a mentionné Jean-François Harrisson, tout le monde est parti à rire. «Ben voyons! ça se fait pas».
Mais j’ai trouvé l’idée bonne, donc j’ai insistée: «Pourquoi pas? Le gars est innocent jusqu’à preuve du contraire. Il est bon. Et de toutes façons, s’il va en prison, il va coûter moins cher».
Boom. Deux secondes de gel. Puis le déluge.
«Le gars est un pédophile. Imagine s’il avait violé ta soeur, ta mère, ta blonde. Jamais je mettrai mon nom à côté du sien. Il devrait pas être montré en public. Il a pas sa place à la télé. Ça donne le mauvais exemple».
Pour dédramatiser, sortir la question du petit village québécois et réfléchir calmement à la question, prenons le cas de Paul Reubens aka Pee-Wee Herman. Au début des années 90, tout roule pour le personnage de l’adulte naïf qui aime beaucoup son vélo: sa série télé est un succès, il tourne un film hilarant avec Tim Burton, ses figurines se vendent par boîtes entières. Puis il se fait prendre à se branler dans un cinéma porno. Et commence sa descente aux enfers. Il devient un running gag à Hollywood, il est accusé, puis blanchi, de possession de matériel pédophile, sombre dans la dépression, vieillit de 10 ans à chaque année.
Hors, avril 2010 marque son retour dans la vie publique, avec Life during wartime, la suite de Happiness dans lequel Todd Solondz traitait justement de pédophilie.
Ça aura pris 20 ans avant que Reubens soit pardonné et digne de l’oeil du spectateur.
Selon cette logique, JF Harrisson ne retournera pas à la télé avant d’avoir 60 ans. S’il est chanceux. Et, plus important, indépendamment s’il est reconnu coupable ou non.
Je ne suis pas en train de diminuer la gravité des crimes sexuels, particulièrement ceux impliquant des mineurs non-consentants. Je trouve juste que, quand il est question de gens de la tivi, notre société de droits basée sur l’égalité devant la loi ressemble pas mal plus à un village moyennâgeux qui lynche sous les cris de la foule.
Le Reubens qui s’astique dans un cinéma XXX n’est pas un moins bon acteur. JF Harrisson, accusé, mais pas jugé, je le précise, de possession de pornographie juvénile demeure un gars charismatique et un des seuls acteurs noirs à avoir perçé dans l’industrie monochrome de la télé. Comme il l’a dit lui-même: son talent reste le même, avant et après les accusations.
Notre système de justice fonctionne ainsi: tu suis pas les règles, tu es jugé, tu vas en prison, et quand tu sors, tu es quitte. Je n’invente rien, c’est l’entente hobsienne primaire sur lequel est fondé nos société depuis le 17e siècle.
Si on veut changer la base constitutionnelle de notre état et commencer à juger les gens à la pièce, selon leur fonction, leur crime, leur tête, je n’ai rien contre. Mais il va falloir penser un peu plus aux implications profondes de cette remise en question, et surtout pas laisser ça entre les mains mains du 7 jours, du Allô Police et de Denis Lévesque.
PS: JF, si jamais tu te googles et tu trouves ce texte, j’ai une job pour toi.
Leave a Comment