Dieu est un DJ: 2 comédiens. 2 villes. 6000km. 1 seule pièce de théâtre.
Posted by Sandrick on 17.05.12

Dieu est un DJ adapté par Insanë est une pièce de théâtre que tout amateur de la scène devrait voir. Peut-être pas pour l’interprétation des comédiens, ni pour l’adaptation de cette pièce du dramaturge allemand Falk Rithcher, mais plutôt pour l’audace du projet lui-même: celui de s’interroger sur l’omniprésence des médias et de l’apparition de la téléprésence qui modifie notre rapport à l’autre en utilisant ces mêmes technologies.
Dans une petite salle bondée de la SAT, le comédien Étienne Blanchette est seul dans la pénombre. Il est assis de dos dans une pièce toute blanche meublée à la façon simpliste d’Ikea. C’est ici dans ce lieu universel, espace de tous les êtres humains que se déroulera l’action de ce huit clos d’une heure et demie. Il commence à parler, racontant un rêve psychédélique soutenu grâce à des ambiances sonores en direct qu’il actionne façon Guy A Lepage grâce à un clavier midi. Il ne se tourne pas, car ce n’est pas au public qu’il s’adresse, mais à sa webcam dont les images sont projetées sur le mur blanc pur. Déjà là, notre relation avec le comédien est différente, elle devient virtuelle. Puis soudain l’écran se brouille et laisse surgir une Française qui déblatère par le biais d’une vidéoconférence comme si nous étions réellement sur Skype. C’est Pascal Gudel, l’autre comédienne de Genève qui devant un décor identique s’amuse à faire des singeries avec la caméra en live à 6000 km du coin St-Laurent Sainte-Catherine. Là-bas il est environ 1:00 AM et ici il y a une manifestation, mais cela n’empêchera pas les deux comédiens de livrer leur performance à deux publics distants grâce au réseau internet.
À l’heure des téléphones intelligents et des jeux comme SecondLife, pouvons-nous développer une véritable relation en étant aussi éloignés l’un de l’autre ? C’est à cette question primordiale que les metteurs en scène Julien Brun et Vincent de Repentigny ainsi que leur équipe de création ont remarquablement tenté de répondre en essayant de réunir physiquement les deux protagonistes dans un même lieu grâce à des illusions optiques réalisées par la projection de leurs deux images sur le même écran et une mise en scène calculée. De cette façon, le couple impossible réussit à cuisiner le même plat pour souper, à se parler sur le lit et même presque à faire l’amour. Cependant, malgré cette promiscuité et la puissance des technologies de communication, la pièce témoigne d’une réelle incapacité à communiquer. À travers la difficulté de se dire tout simplement «je t’aime», ils nous donnent aussi souvent l’impression qu’ils se parlent plus à eux-mêmes qu’à l’autre, comme si le média devenait le reflet de soi. L’oeuvre théâtrale dévoile ce côté obscur du réseau internet, celui où le besoin de se vider, de se promouvoir détruit celui de vouloir échanger et d’apprendre. Les filles qui se pavanent avec leurs derniers achats mode sur YouTube en sont un bon exemple.
En somme, cette oeuvre a tenu son pari et ce dernier n’était pas facile. Premièrement, tenter de créer une relation entre deux acteurs qui ne se sont croisés qu’une seule fois était un énorme défi, ont expliqué en entrevue les créateurs de la pièce. Jouer pendant 1 h 30 sur la scène avec une personne numérique, un «fantôme» n’est pas évident pour n’importe quel comédien. Le rapport qui liait les deux interprètes est venu ainsi créer un parallèle à celui de leur propre personnage et de la virtualité en générale, soit comme l’expliqua Étienne Blanchette: «à la fois une absence et une omniprésence». Deuxièmement, le danger de l’adaptation était de séparer les deux personnages (dans l’oeuvre original ils sont dans la même pièce) sans tomber dans l’épatement bonbon la galerie grâce à un système de téléprésence. Mais finalement, des transformations qu’ils y ont effectuées, se sont émergées de nouvelles propositions qui par la mise en scène ont très bien transposé les questionnements fondamentaux de l’auteur à un problème actuel. Bref, allez voir ce mariage où l’union entre l’art et la technologie a servi avec une rare justesse le propos initial tout en apportant une nouvelle réflexion sur les médias sociaux, qui émergent et se bousculent dans notre société comme des bulles dans une flûte de champagne. Pop.
Prochaines représentations: 18mai (18h à 19h30) et 19 mai : 14 h à 15 h 30 – 20$ – Société des arts technologiques (et aussi à Genève évidemment, vous pouvez vous payer le billet d’avion!)
Site officiel :pour acheter un billet





































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