Posted by Sandrick on 02.12.11

C’était un après-midi pluvieux comme il en a tant dans l’interstice novembre-décembre, le ciel lourd et morose dans ce genre de journées, a toujours tendance à nous laisser croire qu’il ne se passe rien autour de nous, en nous donnant l’impression que le monde et le temps sont cristallisés par les gouttes qui prennent plaisir à la chute libre.
Aujourd’hui ce « feeling » là n’a pas été au rendez-vous, quand je suis tombé sur l’article Toi pis ton carré rouge d’Aurélie Lanctôt publié dans l’instant sur Urbania.com. J’ai fait comme à l’habitude, regarder comme on regarde à la fenêtre, ce qui se déroulait sur internet et je suis tombé sur l’effervescence de l’essai dans les réseaux sociaux.
À en voir le nombre de commentaires et de réponses qui ont suivi la publication, on peut en déduire que l’article n’a pas passer inaperçu et ne s’est pas fait avaler par l’immensité du web. Aurélie en jetant de la paille dans le feu, s’est attisée les hommages des uns et les ires des autres. Le résultat en est plus que séduisant, mais les tisons, ça fait mal, et ça ne plait pas à tout le monde. D’ailleurs, je la félicite d’avoir porté aujourd’hui des couilles, d’avoir tenu sur ses lèvres ces mots si tranchants, d’avoir pensé haut et fort ce que beaucoup d’étudiants partagent. Je la remercie aussi d’avoir fait surgir ce débat peut-être épineux, mais nécessaire à l’avancée de la cause étudiante. C’est comme si on avait finalement eu raison de se désillusionner en osant regarder en dessous de la robe de la mariée, parce que ce n’était pas joli comme on le pensait.
Moi non plus je n’adhère pas à la « frénésie vindicative et agressive » dont fait preuve une partie, voir une minorité du bassin étudiant. Mais cela ne fait pas de moi un adepte de la hausse, d’ailleurs j’en suis un fervent opposant, convaincu que l’activisme et le militantisme sont des moyens efficients, mais pas n’importes lesquelles de leurs dérivations. Je n’étalerais pas ici l’ensemble des mes idées qui construisent ma position sur le contre, je ne ferai pas non plus ici la critique de la mollesse du gouvernement, ni la liste de tous les trous dans la tire-lire de celui-ci, mais « en gros » pour parler franchement, à voir les milliards investis (donnés) dans le plan nord, il doit bien rester deux trois enveloppes brunes pour financer l’éducation, pour qu’on arrête de porter ce foutu carré rouge.
Combattre devient ainsi le refus devant la domination des élites: il faut forcer un peu, pour ne pas laisser notre bonne vieille société s’écarter et se faire fourrer. Cependant, Aurélie l’indique: « les voix de nombreux étudiants [...] se questionnent encore sur la pertinence des méthodes de protestation employées. » Comme eux qui se perdent dans l’ambivalence et les hystéries du militantisme, je me suis lassé de ce grand carrousel d’associations étudiantes qui tourne en rond : j’ai envie qu’il change de toune, qu’il tourne de l’autre côté, qu’il déraille ! Pour s’émanciper de cet ennui collectif, la seule solution est d’innover, comme se forçait à dire récemment un sociologue dans une lettre adressée au journal Le Devoir, en parlant des indignés. Dans cette perspective, les mouvements contestataires qui ne s’adaptent pas, qui restent figés dans le temps, qui conservent avec entêtement les traditions, sont voués à s’essouffler pour ensuite s’éteindre définitivement. En plus de cela, les actions militantes répétitives, après un certain temps, n’affectent plus les instances politiques, parce qu’ils s’y sont habitués, comme des vaches qui vivent avec les mouches. Et la grève en plus de créer un paradoxe avec la fameuse citation « un peuple instruit ne sera jamais vaincu » selon moi entre dans cette catégorie qui se nomme la redondance.
Il existe évidemment des moyens concrets plus efficaces, même s’il y en a sûrement auxquels on n’a jamais pensé et auxquels on ne pensera jamais. Cependant, je n’arrive pas avec mon navire de critiques sans proposer. Devant la constatation de notre impuissance, jouons donc au même « jeu de société » que les politiciens : celui de l’économie. Faisons comme ses grands policiers des films hollywoodiens, qui imitent la pègre pour les traquer ensuite dans leur antre, sur leur propre terrain.
De cette manière, si nous aspirons l’eau, l’arbre mourra. Si, nous reproduisons ces sièges comme à Rome ou à Vienne, qui empêchent tout vivres de franchir les enceintes, ils finiront par céder. En d’autres mots plus évocateurs, je parle simplement d’utiliser comme moyen de pression (et non pas comme réclamation de la gratuité) de ne plus payer ses frais de scolarité pour une session, puisque d’ailleurs c’est à ce lourd fardeau grossissant que l’on s’oppose. Néanmoins, ce moyen efficient a son talon d’Achile: la fragilité de la solidarité. Il nécessite une étroite collaboration entre les étudiants, qui ne doivent pas alors baisser les bras le temps venu, puisqu’une poignée de participants n’exaltera pas qu’une brise légère, alors qu’on vise la tempête. Il faut comprendre ainsi que si l’oisillon à faim (la direction des universités devant des pertes de revenus) il appellera sa maman (le gouvernement) pour qu’elle vienne à son secours. Les universités contrariées ne pourront pas renvoyer des facultés entières à la maison, et le gouvernement n’aura pas le choix de se plier et de trouver impérativement des solutions. À mes yeux, cette démarche est actuellement la plus convaincante et elle doit se reprendre de façon épidémique dans le tissu étudiant québécois. Chose dite, j’espère que ce sera chose faite.
Maintenant, je laisse mon clavier, je vais travailler pour payer mes frais.
Leave a Comment