La montée de lait – Coeur de Militari.
Posted by LKB on 03.11.10
Salut Coeur de,
Comme tout le monde en 2010, moi aussi j’ai une plateforme de diffusion. Comme tu en as senti le besoin dimanche dernier, moi aussi j’ai le goût de commenter la victoire de Manu Militari à l’autre gala de l’ADISQ:
Je trouve que c’est une excellente décision.
Comme tu n’es pas sans savoir, les artistes qui rappent au Québec n’ont jamais eu la vie facile. Et ça c’est toujours reflété dans les célébrations de l’industrie. La première gifle a été reçue en 1997 quand Dubmatique a été obligé de gagner «Album rock-alternatif», faute de mieux. Quelqu’un à l’ADISQ s’est rendu compte que ça n’avait pas de bon sens. Surtout que ça a dû fâcher des rockeurs alternatifs de se faire shifter leur trophée. La catégorie «Hip Hop/Électro» est née l’année suivante. Pour être remportée par Sentiments naturels de Carole Laure:
C’est finalement en 1999 que Dubmatique a remporté le bon prix. Mais c’était aussi l’année de 514-50 dans mon réseau, considéré encore à ce jour comme le meilleur album de rap québécois. Nomination controversée, donc. Encore. Puis entre 2000 et 2005, c’est Loco Locass et Muzion qui ont gagné TOUS les prix. Puis ça s’est amélioré avec Atach Tatuq et Omnikrom. Et puis il ya eu Gatineau et Sir Pathétik. Ce que je pense de ces groupes importe peu (prends des notes, Coeur de), mais je peux tout à fait comprendre que certains fans ne se retrouvent pas dans les choix de «l’industrie».
L’allocution d’acceptation de prix de Manu Militari de dimanche était peut-être maladroite, mais il était tout à fait dans son droit et, d’une certaine manière, je le comprends tout à fait.
Ce que je ne m’explique pas, c’est pourquoi tu l’as pris comme une attaque personnelle. Je suis heureux que tu aies partagé tes goûts avec tout le monde (que je sais très bons, depuis que tu m’a dit que tu me trouvais cute), mais pourquoi tu t’es senti obligée de «défendre» l’industrie/l’ADISQ? Parce qu’à mon avis, tu n’en avais pas après le prix de Manu (parce que si oui, très respectueusement, c’est pas de tes crisse d’affaires qui gagne ou non dans les autres catégories. Et il me semble qu’il y a de meilleurs combats). Mais après sa sortie kick in the door contre une industrie qu’il et plusieurs considèrent injustes.
Peut-être sans le savoir, dimanche, tu as planté tous les efforts de beaucoup de monde qui travaillent très fort depuis longtemps pour l’institutionnalisation du rap.
Cette année, la catégorie «Hip Hop*» était choisie par des «spécialistes» pour élire le gagnant. Une nécessité, quand on sait que le nombre de personnes de l’«industrie» qui s’intéressent au rap local se comptent sur le nombre de majeurs d’une main. Un «privilège nécessaire» qui est aussi accordé aux catégories «Classique» et «Jazz». Le milieu du rap a été très pro-actif depuis 2002, l’année de l’affaire 83. C’est grâce à ça aujourd’hui que le rap s’est approprié une place que le punk, le métal ou l’électro québécois n’a pas au sein de «l’industrie».
Car contrairement à ces autres genres «marginaux», le rap continue de penser que l’ADISQ peut l’aider: les maisons de disque inscrivent leurs artistes, payent leurs cotisations, prennent part aux discussions. Critiquer, ce n’est pas nécessairement aimer, mais c’est au moins une preuve qu’on tient assez à quelque chose pour s’y intéresser.
Donc, chère Coeur de, j’espère que tu ne regretteras pas trop ta décision de dimanche (comme tu en regrettes probablement d’autres).
Parce que quand tu kick un nid de guêpes, souvent, tu te fais piquer.
*Si quelqu’un à l’ADISQ veut m’inviter un jour, je vous expliquerai la différence entre rap et hip hop. Et pourquoi çe ne fait pas de sens d’avoir une catégorie nommée comme ça.











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