La montée de lait: Les hymnes nationaux et le Canadien.

Martin Itfor rapportait sur son blogue incomparable que l’organisation du Canadien, avant le match de lundi, avait dû préciser aux partisans que le CH comptait aussi des Américains, et qu’il était donc impoli de huer le O say can you see.

C’est probablement le pire argument au monde pour défendre une des pratiques les plus imbéciles du sport professionnel.

Je vois d’où peut venir l’obsession de l’hymne dans un contexte de compétition internationale. Après tout, les Olympiques, Coupe du monde et autres championnants ne sont rien de plus qu’un substitut pacifisant à l’éternel concours de «qui a la plus grosse» qui obsède l’Homme, de la cour de maternelle jusqu’aux plus hautes sphères.

Quand des tapons de ton pays battent des tapons d’autres pays, t’as le droit de les écoeurer en leur cassant les oreilles avec une toune volontairement inécoutable, dans laquelle tu dis, de la manière la plus fendante,violente et sexiste possible, comment tu es le bawws.

C’est complètement contraire à l’esprit sportif avec lequel ces compétitions nous emmerde, mais c’est comme ça.

Par contre, dans le sport professionnel, la présence de l’hymne national est aussi inexplicable que ça.

Les équipes représentent des VILLES. Les joueurs viennent de PLUSIEURS pays. Les enjeux/coupes/prix sont PUREMENT ÉCONOMIQUES/PRIVÉS.

Le sport professionnel, c’est le summum du déracinement apolitique, de l’abandon absolu de toutes liaisons idéologiques ou nationales au profit de la grosse piasse. Je n’ai rien contre ça, au contraire. Mais la présence d’un truc aussi empesé de symbole qu’un hymne national dans ce temple du mercenariat économique est un affront aux symboles encore plus grave que tout ce qu’un partisan ne pourra jamais crier.

Ça mélange des affaires qui n’ont rien à voir ensemble. Avec toutes les dérapes que ça suppose. Parce qu’il est bien clair qu’huer l’hymne américain dans un 6e match de série n’est pas une critique réfléchie et dirigée contre les États-Unis. Comme, j’ose l’espérer, se lever pour l’hymne canadien dans le même contexte n’est pas un endossement des politiques de Stephen Harper.

Pour que tout soit plus clair, que chacune des équipes de la ligue se trouve une toune sur laquelle les partisans peuvent maudire, jouir, cracher, vomir ce qu’ils peuvent et qu’on en finisse avec ce mélange caillé de nationalisme, de Politique et de mercantilisme opportuniste.

Parce que ça commence à être gênant que la lutte soit le seul sport qui ait compris ça.

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La montée de lait – Le motorisme.

Donc pendant que vous vous pâmiez sur la chaleur des rayons et sur les vertus de la vitamine D, soit en expliquant l’activité cool que vous faisiez avec un autre @usagertwitter cool, soit en vous désolant de l’immense charge de travail qui vous empêche de profiter de votre vie, certains se déplaçaient. Au parc, au terrain de pétanque, chez leur mère, au EB Games. Certains ont marché, certains ont pris leur skate, d’autres ont gonflé leurs pneus, doublevédéquaranté leur chaîne et pris la route sur deux roues. Tout ça pour le bonheur de tous, sauf d’une catégorie de citoyens: les motoristes.

Le terme est volontairement général, pour qu’il puisse englober tout ceux qui érige le moteur en doctrine. Ils sont de toutes les allégeances et ils ont toutes sortes de profils: du moron à la Swift monté à la mère du plateau en communauto en passant par le sexagénaires qui conduit des voitures à la rapidité inversement proportionnel à la vitesse de ses spermatozoïdes. Mais ils ont tous une chose en commun: l’incapacité mentale d’imaginer que la route puisse servir à d’autres modes de transport que le leur. Bon, sûrement pas tous: je généralise, pour que ça aille plus vite.

Ça serait trop long d’expliquer par quels processus les routes et les autos ont été choisi aux rails et aux trains, mais en trois mots: les compagnies de tramway devaient payer pour la construction et l’entretien des chemins de fer; les constructeurs automobiles refilent la facture des routes aux contribuables. On peut crier, manifester, boycotter Shell, le fait demeure: on s’est fait fourrer.

Mais ce que ça veut dire, c’est que TOUT le monde paye pour les routes au Québec, motoristes ou pas. Et dans la vie, j’ai pris comme habitude d’utiliser ce pour quoi je paye. Ça me met donc un petit peu en tabarnak quand je me fait dire (klaxonner serait plus précis) de «décalissez sur une piste cyclable».

En ces temps de négotiations syndicales avec la fonction publique, on parle beaucoup de «Pacte social». En voici un qui me semble simple: la dimension de la patente que tu conduis sur un élément de mobilier urbain auquel tout le monde contribue (aka les routes), ne te donne pas plus de droit. Dans un buffet chinois, les «habitués» (communément appellé «Les gros») n’ont pas le droit de te crier après parce que ça te prend plus de temps qu’eux à choisir tes salades, right ? Même affaire ici. Le deal, c’est que les non-motoristes occupent déjà le pire endroit de la route, la voie de droite, repaire de l’hydre à 3 têtes qui terrorise n’importe quel cycliste: les portières d’auto, les chars qui tournent les coins sans regarder et les chauffeurs d’autobus.

Parce qu’il n’y a RIEN qui nous oblige, non-motoristes, à rester dans cette zone dangereuse: on serait parfaitement dans notre droit de rouler en plein milieu de la voie, comme ça se fait ailleurs. Pis là, vous vireriez fou pour vrai. Donc, en échange, la moindre des choses, c’est de pas faire chier: vous klaxonnez pas, vous faites pas de singeries, vous ralentissez quand vous passez à côté de nous, vous regardez avant d’ouvrir vos portières, vous nous laissez passer aux arrêts stop. Vous êtes reconnaissants, parce qu’un vélo sur la route, c’est une place de stationnement de plus pour une auto. Et parce qu’il n’en tient qu’à nous que la ville ne ressemble pas à ça à longueur d’année.

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La montée de lait : Le quartier de la société du spectacle

Je tiens à préciser que j’ai eu l’idée propablement en même temps que Yuani de BAP, mais que moi, j’ai juste une colonne le mardi.

Donc rappellons brièvement les faits: jeudi dernier se produisaient à la SAT Flying Lotus et Benga, deux génies contemporains de la musique, reconnus mondialement spécifiquement pour leur capacité à faire jouir les caissons de basse. Avant la fin du set de FlyLo (vers 1h45), la police revient pour la deuxième fois, suite à une plainte de citoyen (notez l’absence de «s», c’est important), pour donner une contravention à la SAT, menaçant aussi de faire vider la salle avant la performance de Benga si rien n’était fait pour diminuer «le bruit». Un fin observateur remarquera tout de suite le manque d’imagination de la police, incapable d’envisager les dangers de lâcher une horde de mâles chauffés au Red Bull-Vodka frustrés et insatisfaits.

Heureusement, donc, le party a continué. Malheureusement, on a eu droit à la première performance mondiale de dubstep sans aucune basse. Montréal, quelle ville innovatrice. Pour ceux qui ne suivent pas trop (ou pas du tout) l’actualité musicale, disons seulement que la basse est au dubstep ce que les poils sont au métal: sans eux, c’est plate. Résultats: beaucoup de déception, de «chouuuuuuuuuuu» et de chialage dans la file du vestiaire.

Cet épisode est le paroxysme de l’absurdité qui entoure présentement le projet du Quartier des spectacles. D’un côté, on s’équipe d’infrastructures pour faire du bruit le soir (aka des salles de spectacles, des restaurants, des agoras extérieures, etc.), de l’autre on s’équipe de lois et de sanctions (trois fois plus sévères dans Ville-Marie qu’ailleurs à Montréal) interdisant de dépasser 50 décibels entre 23h et 7h. 50 db, en passant, c’est le bruit d’une brosse à dents électrique.

Et ce n’est pas seulement les partys qui écopent: depuis 2 ans les spectacles au Métropolis et au Club Soda finissent un peu aléatoirement, avec des rappels, des fois pas, puisque les spectacles doivent finir autour de 23h. À moins évidemment, d’organiser des perfos de brosse à dents électriques.

Ces nouveaux réglements, et leur application obsessive, sont le résultat direct de la construction de condos de luxe dans le Vieux-Port et autour du Quartier des spectacles. Les fripés qui crachent 750 000$ sur un appartement n’ont pas envie de manquer leur classe de yoga bikhram matinale à cause de la musique de sauvage des voisins.

C’est le triomphe du vieux sur le jeune. De l’ordre sur le désordre. Du silence sur le bruit. Du jogging sur le sexe. De la crème budwig sur la sauce à poutine. De la minorité sur le nombre. Du diurne sur le nocturne. Du riche, inflexible, sur le pauvre qui doit s’adapter.

Je ne sais pas pour vous, mais tout ça ne me semble pas super gagnant quand tu veux te vendre comme capitale mondiale des festivals.

Pour Guy Debord, essayiste révolutionnaire français des années 60, le «spectacle», c’est l’aboutissement ultime du capitalisme, c’est ce qui nous sépare des «vrais» rapports aux autres, de la pleine jouissance d’une vie libre. C’est également la perpétuation infinie de l’ordre établi, le processus par lequel le «système» se justifie.

J’aimerais bien m’asseoir avec Gerarld Tremblay pour qu’il m’explique «sa» vision du Quartier des spectacles. Et la place qu’il compte accorder à ceux qui ne sont pas invités aux tapis rouge de la Place des Arts.

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La montée de lait – Glorification criminelle

La grosse face que vous voyez-là, c’est Colton Harris-Moore, dit le «Barefoot Bandit». Depuis environ 2 ans, le kid est soupçonné d’une cinquantaine de vols (allant de crème glaçée à de petits avions), d’entrées par effractions, de la vandalisation d’une voiture de police, de fraudes de cartes de crédit, etc. Il a hérité de son surnom parce qu’il commet ses crimes nu-pieds.

Jusque là, ça va, c’est anecdotique, voire inintéressant. Le problème, c’est la couverture complaisante qu’en font certains médias (Christiane Charette, ce matin par exemple). La romantisation primaire, l’excitation enfantine qui vient chez certains dès qu’on parle du style de vie criminel, des cavales, des jeux de chats et de souris avec la police.

Un braquage devient un geste contre les disparités sociales (Robin des bois); une entrée par effraction se transforme en commentaire sur le système de propriété (notre Barefoot); un vol d’identité s’apparente à une oeuvre d’art (Franck W. Abagnale); une évasion de prison incarne la suprématie de l’ingéniosité individuelle sur la stupidité administrative (Prison Break).

J’en ai contre cette glorification facile, basée sur des critères aléatoires, de criminels. En quoi notre Barefoot mérite-t-il plus de fans Facebook et de couverture médiatique qu’un kid qui vole des chars et fait des maisons à Terrebonne? Pourquoi les fans de Kimveer Gill sont-ils plus condamnables que les sympathisants de Vito Rizzuto?

J’en ai ma claque des auteurs, journalistes, scénaristes, réalisateurs, publicistes qui dépeignent la mafia comme une organisation «noble», avec un «code d’honneur». Qui montrent les vendeurs de drogues comme des «entrepreneurs» qui ont leur communauté à coeur. Les fraudeurs comme des anti-conformiste en guerre contre le Système. Fuck Tony Montana, Fuck Michael Scofield, Fuck Don Corleone, Fuck Malik El Djebena.

Dans la vraie vie, Colton Harris-Moore a peté pour a peu près 1,5 millions de matériel, le tout appartenant principalement à des particuliers. Les mafieux italiens sont des gros porcs en jogging et en gougounes qui tirent sur des enfants et qui coulent leur pays. Les motards se font battre et gangrapper pour un paiement en retard. Les gars de gang sont de pauvres demeurés qui finissent déportés, en taule ou poignardés dans un McDo un mardi soir.

Y’a rien, mais absolument rien d’intéressant dans ces univers-là.

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La montée de lait – Festival des cochons

À Montréal, chaque mois a son festival. Entre le février de Montréal en lumières et le juin du Jazz, mars a sa manif’ contre la brutalité policière.

Dans les 3 cas, c’est un moment unique dans l’année où des gens avec des goûts semblables et qui partagent des opinions communes se rassemblent et font valoir leur présence en perturbant l’ordre normal de la vie urbaine. Le seul problème dans le cas de la manif’ contre la police, c’est qu’elle n’est pas présentée comme telle. Pourtant, elle est en tout point semblable à ce qu’on appelle dans d’autres pays et dans d’autres temps un «carnaval»: une suspension temporaire des contraintes, où on peut dire et faire ce qu’on veut, où on veut.

L’objectif est des plus sains pour l’ensemble de la société, où les individus peuvent décompresser un bon coup et rappeller à leurs souverains et à leurs représentants que leur pouvoir, au final, ne repose pas sur grand-chose. Et dans une société libre, il n’est jamais néfaste de remmettre la police à sa place et d’inverser, l’espace de quelques heures, les règles du jeu. Un flic qui passe de dominant à dominé à l’occasion, apprend à gérer la peur, et deviens, à mon sens, un meilleur technicien. Le constable Lapointe ne serait pas devant un tribunal s’il avait su gérer son anxiété autrement qu’avec du .38.

Cette première montée de lait s’adresse à ceux qui ne comprennent pas l’intérêt d’un événement de la sorte. Qui polluent les forums, les sections «commentaires» et les lignes ouvertes avec leur «gros bon sens». Les gros twits qui pensent que leur DEC et leurs 10 000 $ d’impôts leur donnent un droit irrévocable et illimité de pourrir le débat public avec des opinions à 2 cennes dont ils ne comprennent pas le tiers de l’implication. Aux journalistes paresseux et serviles qui radotent depuis dix ans la même affaire. (Rita, sérieux, t’avais juste à dire à ton rédac’ chef que c’était de la marde comme assignation au lieu de brailler tes insipidités). Aux imbéciles heureux qui vivent des émôôôtions en vivant «vraie nouvelle» en «marchant avec des manifestants.» (Maxime, Maxime, es-tu en train de nous avouer que ta job dans l’hélico, c’était n’importe quoi?)

Vous vous trouvez peut-être intelligents en finissant vos textes avec les mêmes questions vides (PS je perdais des points AU PRIMAIRE quand je faisais ça dans mes compositions), mais essayez d’imaginer des réponses. C’est beaucoup plus difficile, mais ça rend plus intelligent. Et ça, c’est pas mal cool.

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